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LE PATRIMOINE DE MONTQUINTIN
L’intérêt du village du Montquintin réside dans l’organisation du village, où quelques maisons s’articulent en seulement trois rues, autour de l’ensemble médiéval formé par le château, la ferme de la dîme, l’église romane et la ferme castrale. Bien que leur disparité - et pour certains leur état - mériteraient sans doute une restauration concertée, ces édifices se complètent pour former une structure féodale complète particulièrement intéressant qui a justifié leur classement comme site de « Patrimoine Exceptionnel de Wallonie ».(Voir aussi le colombier)
LE NOYAU FEODAL LE CHATEAU-FORT ![]() Il est le siège de « Haute-Cour », par les privilèges du seigneur détenant les pouvoirs civil et judiciaire de haute et basse justice. Installé sur une terrasse aménagée à la pointe Nord de Montquintin, son aspect a constamment évolué depuis le Moyen-Age. Au départ probablement, une tour de guet rectangulaire devait avoir l’allure de ces tours sarrasines qui se rencontrent fréquemment en Europe occidentale aux alentours du 12ème siècle. Depuis sa création, le niveau du terrain alentour a été rehaussé et ses murs, qui existent encore en sous-sol, ont été sondés sur une profondeur de 6 m. Ils s’appuient sur deux niveaux de fondations successifs, ce qui semble déjà démontrer une reconstruction sur des bases antérieures. Cela reste à vérifier, mais dans ce cas, l’on ne pourrait s’empêcher de les mettre en relation avec la villa romaine d’Argenfontaine, lieu-dit situé en contrebas, vers Dampicourt, et dont les traces ont été révélées par l’ancien instituteur M. Autphenne. Sans doute vers le 13ème siècle, cette tour primitive s’intégra au sein d’une fortification trapézoïdale plus vaste, dotée de tours circulaires à chacun de ses autres angles. C’est en effet en 1254 que l’on trouve mention du premier seigneur de Montquintin, en la personne de Raoul, fils de Thierry de La Tour, possesseur des lieux. Deux archères au sommet de la tour Ouest appartiennent à cette période. A cette époque, le logis-maître, qui devait occuper la moitié du corps de logis actuel, devait avoir l’aspect d’une bâtisse élevée, à laquelle se raccordait le chemin de ronde qui reliait les tours. L’acte de vente du 18ème siècle mentionne « tours, tourelles et pont-leviers cernés de fossés cy-devant (= autrefois) à eaux vives peuplés de poissons ». Des traces en sont encore visibles sous forme de dépressions du terrain aux abord des courtines. Malgré sa position stratégique enviable, le château reste toutefois une fortification faible, implantée sur un axe traditionnel de luttes et d’invasions, entre la France et l’Empire germanique. Les prises et pillages se succèdent : en 1480 (Charles d’Amboise), 1542 (Duc d’Orléans), 1647 (Turenne), 1657 (Armées de Louis XIV). Les 15ème et 16ème siècle, avec l’évolution des techniques de siège, imposent de nouvelles mesures de protection. Le flanc Nord du site sera escarpé, afin d’implanter une haute muraille flanquée de fortins semi-circulaires qui offrent à leur sommet des terrasses à canon. Ils abritent en leur sein des casemates dotées d’arquebusières, sur le modèle de Philippe-Auguste. L’ensemble, protégé en outre sur son côté Est par un large fossé sec, dominera dès lors un « glacis », vaste zone dégagée où l’ennemi marche à découvert. Mais mal défendue par une petite garnison de villageois souvent livrés à eux-mêmes - le seigneur de Montquintin n’est bien souvent qu’un propriétaire foncier résidant ailleurs - la forteresse est maintes fois détruite puis reconstruite à l’aide de matériaux de récupération rendus friables par les multiples usages, et dont seule la masse assure encore la cohésion. Destruction ou abandon ? Au 18ème siècle, le château est en ruines lorsqu’en 1760, Mgr de Hontheim, évêque suffragant de Trèves, en fait l’acquisition auprès du Comte Jean-Baptiste de Baillet-Latour, un Autrichien seigneur du proche village de Latour.Mais les temps ont changé, les canons se sont tus dans la perspective d’une paix plus durable. Tout près, sur les projets de l’architecte DEWEZ, l’antique abbaye d’Orval brille d’un luxe baroque inouï. De nombreuses forteresses se muent en châteaux de plaisance et Montquintin s’offre un nouveau visage par les travaux d’importance entrepris par Jean-Nicolas de Hontheim. Les ruines sont déblayées, les sols rehaussés et nivelés et les traces d’une fonction militaire supprimées. Le corps de logis est agrandi, deux tours ruinées – Nord et Sud - sont rasées, et au Nord-Est, sur le grand fossé comblé est installée une rampe d’accès vers un potager planté « à la française » à la place du glacis. Une cave voûtée y abrite un lavoir-fontaine. Au « Neuf Jardin », côté Ouest, fleurit une roseraie, et les fenêtres de façades sont vastes pour admirer l’impressionnant paysage. Il s’agira bien d’une retraite, au propre comme au figuré, car le courageux Fébronius (pseudonyme littéraire de Hontheim), subit les foudres du pape Clément V pour ses écrits sulfureux sur les pouvoirs et le luxe excessif de la curie romaine. Un aperçu fiable de l’apparence du château nous sera fourni par la carte des Pays-Bas autrichiens dressée par le Comte de Ferraris (1775). Las ! Répit momentané que ce Siècle des Lumières, qui se clôt dans les troubles de la Révolution française. En 1790, âgé de 89 ans, Mgr de Hontheim s’effondre dans le chœur de la petite église dont il est le modeste desservant et meurt dans son château. Voyant son cortège funéraire transporter son corps de Montquintin jusqu’à Trèves, l’on dit « qu’avec lui, l’on enterrait l’Ancien Régime ». Le village est pillé en 1793 puis le château brûle en 1794. Il renaît de ses cendres en 1803 par les soins de Jean-Jacques de Hontheim, neveu de l’évêque. Sans doute alors supprime-t-on la courtine Est, pour éclairer la cour intérieure. L’aile Sud sera réduite, les fenêtres encore agrandies. La façade à cour est imposante, avec ses vaste baies, ses pilastres et son fronton néo-classique. Mais l’incendie accidentel de 1869 sonne le glas du corps de logis. Depuis son veuvage, la jeune Marie Everaerts y vit seule avec ses deux filles. Echappant aux flammes de justesse, elle vendra les lieux sans les restaurer. Durant près de 100 ans, le château passe alors de mains en mains (voir Propriétaires de Montquintin). En 1900, l’aile Nord des communs sera convertie en maison, puis épicerie-café, avant de brûler encore en 1935 et en 1958. L’aile Sud avec ses 2 fours à pains s’écroule progressivement jusqu’en 1995. Etat en 1995 LA FERME DU CHATEAU, ou Basse-Cour est le lieu des services assurant la subsistance du seigneur. Immédiatement située au Sud, en vis-à-vis du château, elle fait, avec son petit jardin au Sud, partie intégrante du domaine seigneurial cerné des murs d’enceinte encore visibles sur une bonne partie du périmètre. Les enfants de Jean-Jacques de Hontheim ne voulurent toutefois pas conserver l’héritage restauré par leur père. En 1826, il vendirent la ferme à Victor Fayon, et un mur de pierre sépara alors la cour de l’esplanade du château. Le ferme castrale est le premier édifice civil qui se présente au visiteur à son arrivée au sommet de la colline. Dans sa forme actuelle, qui date de la fin du 18ème siècle, l’aile principale regroupe corps de logis, étables et grange selon une disposition multicellulaire traditionnelle. Ce bâtiment, flanqué au Sud du colombier, a subi de sévères modernisations, qui l’ont notamment doté de hangars à bétail, entourant désormais une cour intérieure. Par une allée de part en part, il fait la transition entre l’Ouest du village et la place bordée par l’église romane et la ferme de la Dîme. LE COLOMBIER, un privilège peu courant.
« Il faut des tours élevées, faites tout exprès, bien enduites au dehors et garnies en dedans de nombreuses cellules, pour attirer, retenir et loger les pigeons. Car ils ont dans leurs qualités communes l’amour de la société, l’attachement à leurs semblables, la fidélité, la propreté, et le soin d’eux-mêmes qui suppose l’envie de plaire (…). Ne connaissant nulle humeur ni querelle, ils se partagent, mâle et femelle en quantités égales, les soins de leurs œufs et de leurs petits, mettant entre eux cette égalité dont dépend le bonheur de toute union durable… ». (BUFFON et LACEPEDE, Histoire naturelle).Nul doute que tout ceci ait prévalu à sacraliser le pigeon dès l’époque romaine, pour en faire un symbole d’union et de paix, qui vient compléter les autres avantages que sont la facilité d’élevage, le sens de l’orientation, et la finesse de sa chair. Tous ces avantages en firent un met de choix ainsi qu’un auxiliaire précieux de la communication, qui devinrent l’apanage du seigneur à partir du 16ème siècle. Dans la cour de la ferme castrale, le colombier de Montquintin est un robuste modèle circulaire que l’on dénomme « fuie », c’est-à-dire que les boulins – logettes destinées aux oiseaux – n’occupaient qu’une partie des parois intérieures. Le bâtiment possède en effet deux niveaux distincts : Le pigeonnier seigneurial a toujours fière allure, mais son état mériterait lui aussi une attention soutenue. La voûte du rez-de-chaussée est endommagée, et deux ouvertures de l’étage sont bouchées. A l’extérieur, un contrefort est fragilisé par la présence d’arbres qui menacent sa stabilité, ![]() et l’élévation est aujourd’hui tronquée, puisque une toiture moderne « en sifflet » a été posée en lieu et place du cône d’ardoises qui devait jadis le sommer, à l’instar des tours du château. Hasard inesthétique mais efficace : du moins ces tôles protègent-elles les murs, tandis que la présence d’un appentis d’un côté et d’un hangar agricole de l’autre lui offrent deux points d’appui qui jouent sans doute un rôle utile de soutien.
LA FERME DE LA DIME représente un des pouvoirs financiers du seigneur.
C’est en 1765 que Mgr de Hontheim fit construire cet intéressant bâtiment, pour y percevoir, comme c’était l’usage, sa part du dixième des récoltes des habitants. Elle est de forme tricellulaire, alignant au bord de la place, le logis percé de deux fenêtres cintrées, la grange et l’écurie, sans oublier la « bawète » à mi-hauteur, petite ouverture à volet, à laquelle la basse-cour accédait par une petite échelle.L’ensemble sans étage est couvert d’une toiture de tuiles rondes, bordées de part et d’autre d’un alignement de pierres appelés « cladasses », qui doivent éviter la prise au vent. A l’intérieur, l’on retrouve la disposition traditionnelle des habitations rurales en Gaume: un petit couloir ouvre à gauche sur la cuisine, avec ses dalles de pierres brunes et son vaste foyer doté d’un four à pain dans l’encoignure. La taque en fonte assure, à l’arrière, le confort calorifique du « pêle », la belle chambre. A droite du couloir, un petit bureau, puis au fond un vaste local bien éclairé servit, durant le 19ème siècle, de salle de classe, lorsque les privilèges de la noblesse eurent été abolis. La petitesse du village imposa vite de fermer l’école, et de prodiguer l’enseignement aux enfants de Montquintin et de Couvreux, à Dampicourt. L’EGLISE ROMANE, symbolise le pouvoir religieux. L’église Saint-Quentin, installée sur une terrasse émergente et entourée de son petit cimetière, frappe par ses proportions trapues et sa position dominante. Une simple toiture à deux versants englobe également la tour-porche à l’Ouest. Sans doute par crainte de la foudre en a-t-on rabaissé le clocher ? A l’est, le chevet à trois pans est stabilisé par deux lourds contreforts. L’intérieur est sommaire : passé le porche de style Renaissance, la tour laisse place à une nef simple, couverte d’un plafond plat, qui précède un joli chœur voûté d’ogives. Il est enserré entre deux sacristies, celle de droite servant aujourd’hui de chaufferie.Les baies sont variées : aux petites ouvertures cintrées de la nef succède, au Nord-Est une haute et belle fenêtre en gothique flamboyant, puis, dans le chœur, deux fenêtres elles-aussi en plein cintre. Des examens attentifs ont pu déterminer la chronologie de l’édifice qui a subi, jusqu’au milieu du 20ème siècle, une constante évolution. Ainsi, dans un premier temps se distingue une petite nef simple et droite, plus étroite qu’aujourd’hui et qui, peut-être, était déjà raccordée à la tour. Encore que le désaxement des deux parties semble indiquer deux constructions successives. Au Haut Moyen-Age, beaucoup d’édifices religieux sont de simple plan quadrangulaire, et qui sait si la tour d’entrée n’est pas apparue ensuite, en même temps que le chœur qui avait alors une tout autre apparence. A la période gothique, un apport majeur est constitué par l’installation dans l’angle Nord-Est de la « Chapelle des Seigneurs » dont les beaux vitraux modernes rappellent les familles principales. Les sires de Montquintin y accédaient par une petite porte sur la face Sud, aujourd’hui disparue. Le style flamboyant de la fenêtre ne date pas cet aménagement avant le 15ème siècle. Précisément, la clef de la voûte d’ogives nervurées, qui s’aboutissent en colonnettes pour cerner le périmètre, s’orne d’un écu portant en chef un croissant, armes des de VILLE, seigneurs de Montquintin entre 1400 et 1500 environ.
Du 17ème au 18ème siècle, plusieurs transformations auront lieu. En 1628, une visite de l’archidiacre enjoint au curé de Montquintin de remettre « les murailles en suffisant estat et ce aussy tost que la saison le permettra ». Le chœur est endommagé, et la toiture détruite. Le 17ème siècle et les conflits franco-espagnols n’épargnent guère Montquintin, puisqu’il est pris en 1647 puis 1657. Il faudra donc attendre pour que le bâtiment soit entièrement réinterprété. La nef s’élargit alors. Deux bas-côtés la complètent dont celui de gauche permet ainsi d’englober la Chapelle des Seigneurs, qui était en excroissance, dans l’alignement de l’édifice. Le chœur est lui aussi transformé et agrandi. Il est couvert de deux voûtes d’ogives dont une clef date ce réaménagement de 1711, époque où le Comte Michel de SUYS est souverain du lieu. Une plaque scellée dans le mur rappelle à cet endroit le souvenir de la famille. Peut-être peu après a-t-on supprimé la distinction entre la nef et les bas côtés. Aujourd’hui, elle apparaît sans division, relativement homogène sous un seul plafond plat. De même, la porte principale en plein cintre posée sur des pilastres doit être du milieu du 18ème siècle. Tout au long de son histoire l’église et le village souffrent probablement d’une position exposée, du dépeuplement progressif et plus encore sans doute, des guerres modernes, durant lesquelles – comme jadis – Montquintin est un poste militaire d’observation idéal. Avant la seconde guerre mondiale, existait un projet de L. Servais, architecte à St-Mard, pour quelques interventions destinées à réparer des dégâts, sans doute du 1er conflit mondial. En 1940 , un obus endommage la tour, qui ne sera restaurée qu’en 1950. Le 20ème siècle sera d’ailleurs propice à diverses restaurations : portail et face ouest de la tour, ainsi que la façade Nord de la Chapelle des seigneurs. Aujourd’hui, mais dans une moindre mesure, l’église Saint-Quentin subit toujours les mêmes maux. La crise des vocations religieuses, qui raréfie les offices, et les complications administratives n’offrent guère d’autres solutions que celles que lui apportent les contributeurs bénévoles. Pour plus de détails, voir : J.-L. JAVAUX et P. SCHERER, Eglises anciennes de Gaume, dans Le Pays Gaumais, 1981-1982, pp. 23-36. A SUIVRE : L’AUTRE PATRIMOINE RELIGIEUX LES MONUMENTS FUNERAIRES DIGNES D’INTERET Les calvaires Dalle de Mgr de HONTHEIM Dalle de Jean-Jacques de Hontheim Dalle de SUYS Dalle de VILLE Dalle Curé LHOMMEL Croix FOUSS LES VITRAUX Dans la nef Dans la Chapelle des seigneurs LA STATUAIRE St Donat St Jean-Baptiste Ste Scholastique Sacré-Cœur St Joseph St Quentin LE MOBILIER Bancs et stalles Maître autel Autels collatéraux Mobilier de la sacristie |